Étude de la langue : syntaxe complexe et énonciation
Français · 4e secondaire · cours écrit et vérifié, conforme au programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
L'essentiel
- Phrase simple : un seul verbe conjugué → une seule proposition.
- Phrase complexe : au moins deux verbes conjugués → au moins deux propositions, reliées par juxtaposition (virgule, sans mot de liaison), coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) ou subordination (une proposition dépend d'une autre).
À maîtriser avant : Étude de la langue au service du sens
La phrase complexe : subordination et coordination
Une phrase simple contient un seul verbe conjugué : c'est une proposition unique. Une phrase complexe contient au moins deux verbes conjugués, donc au moins deux propositions, reliées entre elles de trois manières possibles : la juxtaposition (les propositions se suivent, séparées par une virgule ou un point-virgule, sans mot de liaison), la coordination (les propositions sont reliées par une conjonction de coordination : mais, ou, et, donc, or, ni, car — elles restent grammaticalement indépendantes l'une de l'autre) et la subordination (une proposition, dite subordonnée, dépend d'une autre, dite principale, et ne peut pas être supprimée sans rendre la phrase incomplète ou sans en changer le sens). On distingue quatre types principaux de propositions subordonnées : la relative (introduite par un pronom relatif : qui, que, dont, où... et qui complète un nom ou un pronom appelé antécédent), la conjonctive complétive (introduite par la conjonction « que » et qui complète directement un verbe, souvent comme complément d'objet), la conjonctive circonstancielle (introduite par une conjonction de subordination exprimant une circonstance : temps, cause, conséquence, but, condition, concession... et qui joue le rôle de complément circonstanciel de la principale) et l'interrogative indirecte (introduite par « si » ou par un mot interrogatif, et qui dépend d'un verbe comme demander, se demander, savoir, ignorer).
Méthode
Souligner tous les verbes conjugués de la phrase : leur nombre indique le nombre de propositions.
Repérer la proposition principale, celle qui a du sens si l'on retire les autres propositions (elle n'est jamais introduite par un subordonnant).
Pour chaque autre proposition, repérer le mot qui l'introduit (pronom relatif, « que », conjonction de subordination, mot interrogatif ou « si »).
Déterminer si cette proposition a un antécédent nominal (→ relative), si elle complète directement un verbe sans antécédent (→ complétive ou interrogative indirecte selon le sens), ou si elle exprime une circonstance (→ circonstancielle).
Vérifier les liens de coordination ou de juxtaposition entre les propositions qui restent indépendantes, le plus souvent entre les propositions principales.
Exemple
Analyse la phrase suivante en distinguant la proposition principale et les subordonnées, et précise le type de chaque subordonnée : « Le professeur affirme que les élèves qui travaillent régulièrement réussissent mieux, parce que la répétition ancre les connaissances dans la mémoire. »
Corrigé pas à pas
Cette phrase comporte quatre verbes conjugués (affirme, travaillent, réussissent, ancre), donc quatre propositions.
— Proposition principale : « Le professeur affirme [...] ». C'est elle qui porte le sens général de la phrase.
— « que les élèves [...] réussissent mieux » est une proposition subordonnée conjonctive complétive : elle est introduite par la conjonction « que », qui n'a pas d'antécédent nominal ni de fonction grammaticale propre, et elle complète le verbe « affirme » dont elle est le complément d'objet direct (le professeur affirme quoi ? cela).
— « qui travaillent régulièrement » est une proposition subordonnée relative : elle est introduite par le pronom relatif « qui », qui a pour antécédent « les élèves » et qui occupe la fonction de sujet à l'intérieur de sa propre proposition. Elle complète l'antécédent « élèves » et est enchâssée dans la complétive.
— « parce que la répétition ancre les connaissances dans la mémoire » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de cause : elle est introduite par la locution conjonctive « parce que » et répond à la question « pourquoi les élèves réussissent-ils mieux ? ». Elle est complément circonstanciel de cause du verbe « réussissent ».
Erreurs fréquentes
Confondre le pronom relatif « que » (qui a un antécédent et une fonction dans sa propre proposition) avec la conjonction « que » qui introduit une complétive (qui n'a pas d'antécédent nominal et pas de fonction grammaticale propre).
Croire que la coordination (et, mais, ou, donc, or, ni, car) crée une dépendance entre les propositions : en réalité, les propositions coordonnées restent grammaticalement indépendantes l'une de l'autre.
Oublier qu'une subordonnée peut être enchâssée à l'intérieur d'une autre subordonnée : il faut alors repérer les frontières de chaque proposition avec précision avant de les nommer.
La situation d'énonciation, ses indices et le discours rapporté
L'énonciation est l'acte par lequel un énonciateur produit un énoncé, à un moment et dans un lieu précis, à l'intention d'un destinataire. Tout énoncé porte des traces de cette situation : ce sont les indices d'énonciation (ou déictiques). On distingue les énoncés ancrés dans leur situation d'énonciation, appelés discours (ils contiennent des pronoms de 1re et 2e personnes — je, tu, nous, vous — et des repères comme « maintenant », « ici », « aujourd'hui », qui ne se comprennent que par rapport au moment et au lieu où l'on parle), et les énoncés détachés de cette situation, appelés récit (à la 3e personne, avec des repères autonomes comme une date précise ou « la veille », « le lendemain », « ce jour-là »). La notion d'énonciation permet aussi de comprendre comment des paroles peuvent être rapportées : au discours direct, elles sont citées telles quelles, entre guillemets ; au discours indirect, elles deviennent une proposition subordonnée et doivent être adaptées à la nouvelle situation d'énonciation (pronoms, temps, indices de lieu et de temps). Enfin, un énonciateur peut modaliser son propos, c'est-à-dire marquer son degré de certitude ou son jugement sur ce qu'il énonce, grâce à des adverbes (peut-être, certainement, malheureusement), des verbes d'opinion (penser, croire, il me semble que) ou un vocabulaire évaluatif.
Méthode
Repérer qui parle (l'énonciateur) et à qui (le destinataire) en cherchant les pronoms de 1re et 2e personnes et les déterminants possessifs correspondants (mon, ton, notre, votre).
Repérer les indices de temps et de lieu et distinguer ceux qui ne se comprennent que par rapport au moment et au lieu où l'on parle (maintenant, ici, aujourd'hui, hier, demain) de ceux qui sont autonomes et datent une action indépendamment (une date précise, un lieu nommé, « ce jour-là », « la veille »).
Décider si l'énoncé relève du discours (ancré, avec 1re/2e personnes et indices comme « maintenant ») ou du récit (détaché, en 3e personne, avec des repères autonomes).
Repérer, le cas échéant, des marques de modalisation qui montrent la position de l'énonciateur par rapport à ce qu'il énonce (adverbes, verbes d'opinion, choix lexicaux évaluatifs).
Exemple
Compare ces deux phrases et indique laquelle relève du discours et laquelle relève du récit, en justifiant par les indices repérés : A. « Je pars demain pour la capitale, je te rejoindrai là-bas. » B. « Le lendemain, il partit pour la capitale et l'y rejoignit. »
Corrigé pas à pas
La phrase A relève du discours : elle contient les pronoms de 1re et 2e personnes « je » et « te », qui renvoient directement à l'énonciateur et à son destinataire, ainsi que l'indice temporel « demain », qui ne se comprend que par rapport au moment où la phrase est prononcée.
La phrase B relève du récit : les pronoms sont à la 3e personne (« il »), détachés de toute situation d'énonciation précise, et l'indice temporel « le lendemain » est autonome, car il situe l'action par rapport à un autre moment du récit et non par rapport au moment où l'on parle. Les verbes au passé simple (partit, rejoignit) confirment cet ancrage dans le récit plutôt que dans le discours.
Erreurs fréquentes
Croire que seuls les dialogues relèvent du discours : en réalité, un énonciateur peut aussi s'exprimer au discours dans une lettre ou un texte argumentatif, dès qu'apparaissent des « je »/« tu » et des indices comme « maintenant ».
Confondre un indice temporel autonome (une date précise, « ce jour-là ») avec un indice ancré dans l'énonciation (« aujourd'hui », « hier ») : seul le second ne se comprend que par rapport au moment où l'on parle.
Oublier que les temps verbaux participent aussi à l'ancrage énonciatif : le passé simple et l'imparfait signalent en général un récit détaché, tandis que le présent, le passé composé et le futur signalent plutôt un discours ancré.
Savoir-faire
Identifier et analyser une proposition subordonnée
- Compter les verbes conjugués de la phrase : leur nombre donne le nombre de propositions.
- Isoler la proposition principale, celle qui porte le sens général et n'est introduite par aucun subordonnant.
- Repérer le mot qui introduit chaque autre proposition (pronom relatif, « que », conjonction de subordination, mot interrogatif ou « si »).
- Vérifier si cette proposition a un antécédent nominal qu'elle complète (→ relative) ou si elle complète directement un verbe (→ complétive, circonstancielle ou interrogative indirecte selon le sens).
- Nommer précisément le type de la subordonnée et préciser sa fonction (complément de l'antécédent, complément d'objet, complément circonstanciel...).
Exemple
Analyse la phrase suivante en appliquant la méthode : « Le professeur explique que l'exercice, dont la consigne était ambiguë, doit être refait. »
Corrigé pas à pas
Étape 1 : trois verbes conjugués — explique, était, doit être refait — donc trois propositions.
Étape 2 : la proposition principale est « Le professeur explique [...] », car c'est elle qui porte le sens général de la phrase.
Étapes 3 et 4 : la proposition « que l'exercice [...] doit être refait » est introduite par la conjonction « que », qui n'a pas d'antécédent nominal ni de fonction propre : c'est une subordonnée conjonctive complétive, complément d'objet direct du verbe « explique ». À l'intérieur de celle-ci, la proposition « dont la consigne était ambiguë » est introduite par le pronom relatif « dont », qui renvoie à l'antécédent « l'exercice » et qui a la fonction de complément du nom « consigne » : c'est donc une subordonnée relative, complément de l'antécédent « l'exercice », enchâssée dans la complétive.
Étape 5 : on obtient ainsi une complétive (« que l'exercice [...] doit être refait ») contenant elle-même une relative (« dont la consigne était ambiguë »).
Transposer un énoncé du discours direct au discours indirect
- Supprimer les guillemets et la ponctuation propre au discours direct (les deux points, les points d'interrogation ou d'exclamation qui suivent le verbe introducteur).
- Transformer la parole rapportée en proposition subordonnée : complétive introduite par « que » pour une déclaration, interrogative indirecte introduite par « si » pour une question fermée ou par le mot interrogatif conservé pour une question ouverte.
- Adapter les pronoms personnels et les déterminants possessifs à la nouvelle situation d'énonciation (je devient il/elle, ton devient son, etc., selon qui parle et de qui l'on parle).
- Appliquer la concordance des temps si le verbe introducteur est au passé : le présent devient un imparfait, le futur simple devient un conditionnel présent, le passé composé devient un plus-que-parfait.
- Remplacer les indices de temps et de lieu liés au moment de la parole initiale par des indices adaptés au moment du récit : ici devient là, maintenant devient alors, aujourd'hui devient ce jour-là, hier devient la veille, demain devient le lendemain.
Exemple
Transpose au discours indirect : « Elle m'a dit : « Je viendrai demain te voir. » »
Corrigé pas à pas
Le verbe introducteur « a dit » est au passé composé, ce qui entraîne la concordance des temps : le futur simple « viendrai » devient un conditionnel présent, « viendrait ». Le pronom « je » (qui désigne « elle ») devient « elle » ; le pronom « te » (qui désigne la personne à qui elle parle, c'est-à-dire le narrateur qui rapporte la scène) devient « me ». L'indice temporel « demain », lié au moment où elle parlait, devient « le lendemain », repère autonome par rapport au moment du récit. On obtient : « Elle m'a dit qu'elle viendrait le lendemain me voir. »
Mémento
Phrase simple, phrase complexe
- Phrase simple : un seul verbe conjugué → une seule proposition.
- Phrase complexe : au moins deux verbes conjugués → au moins deux propositions, reliées par juxtaposition (virgule, sans mot de liaison), coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) ou subordination (une proposition dépend d'une autre).
- Quatre types principaux de subordonnées : relative (introduite par un pronom relatif, complète un antécédent nominal), conjonctive complétive (introduite par « que », complète un verbe), conjonctive circonstancielle (introduite par une conjonction de subordination exprimant une circonstance), interrogative indirecte (introduite par « si » ou un mot interrogatif, dépend d'un verbe comme demander, savoir, ignorer).
Situation d'énonciation
- L'énonciation : acte par lequel un énonciateur produit un énoncé, à un moment et dans un lieu donnés, pour un destinataire.
- Discours (ancré) : pronoms je/tu, indices ici, maintenant, aujourd'hui... Récit (détaché) : pronoms il/elle, dates et lieux autonomes, la veille, le lendemain...
- Les indices d'énonciation (déictiques) ne se comprennent que par rapport à la situation dans laquelle l'énoncé est produit.
Discours rapporté et modalisation
- Discours direct : paroles reproduites telles quelles, entre guillemets, avec un verbe introducteur.
- Discours indirect : subordonnée introduite par « que » (déclaration) ou par « si »/un mot interrogatif (question), avec adaptation des pronoms, des temps et des indices spatio-temporels.
- Concordance après un verbe introducteur au passé : présent → imparfait ; futur simple → conditionnel présent ; passé composé → plus-que-parfait.
- Transpositions spatio-temporelles typiques : ici → là ; maintenant → alors ; aujourd'hui → ce jour-là ; hier → la veille ; demain → le lendemain.
- Modalisation : marques du jugement ou du degré de certitude de l'énonciateur sur son propre énoncé (adverbes : peut-être, certainement ; verbes d'opinion : penser, croire ; vocabulaire évaluatif).
S'entraîner sur ce chapitre
Sources du programme : Compétences terminales et savoirs requis en français — Humanités générales et technologiques, Fédération Wallonie-Bruxelles · Socles de compétences — Français, Fédération Wallonie-Bruxelles